Comme un triangle dans un trou rond.

231_1Bob Marley disait que seuls vos meilleurs amis peuvent être vos meilleurs ennemis. Avez-vous vécu une situation que ces mots illustrent à merveille ? Moi oui.

Ce matin, je faisais ma méditation et O…  a surgi dans mon esprit. O… était une amie avec laquelle j’avais fait ma première année de médecine. (Bon c’est pas pour crâner vu que je ne suis pas médecin!). Nous étions co-loc et nous étudions together. C’était ma super amie. Nous faisions tout ensemble, en fait, nous faisions partie d’un posse méga fantaisiste et inspiré en fac.

Il y a avait A… super bourge venue d’Arménie qui vivait rue Kleber et disait des grossièretés à faire se dresser vos poils; il y avait E… petit homme ashkenaze à l’esprit délicieux qui vivait près des Champs-Élysées et plaisait énormément aux demoiselles et aux madames; il y avait F… un peu timide très drôle et très nerd, attachant. Je me demande ce qu’il est devenu; Et il y avait O…, 1m78, taille de guêpe, humour ravageur et beauté ghanéenne. Nous avions un rythme très intéressant. Travail le jour, parteyyyy !!!! la nuit. Et à l’aube, frais*ches (mouais…) nous prenions d’assaut Beaubourg et sa bibliothèque . Tout le monde a réussi le concours. Sauf moi.  Mais c’est une autre histoire. (Encore une histoire de jules mais… chut!).

Lorsque j’ai rencontré celui qui est devenu le père de mes titous, O… a retrouvé son grand amour qui était un ami d’enfance, S… .  J’avais quitté la fac de médecine et je menais tambour battant des études de lettres à la Sorbonne (bon sang ne saurait mentir!). O… avait passé et réussi le concours. S…était un personnage singulier, Il  n’était pas vraiment beau, pas du tout même , mais il avait des manières qui séduisaient tout le monde. Comme quoi, le charme est une valeur non négligeable. Tenez, c’est comme pour mon chat : Il louche. Alors au début ça fait rire et on trouve ça moche, puis on s’habitue, et on le trouve beau. Attention, je suis consciente que S… n’est pas un animal! Je parle juste de perception.

Bref une amie très chère. Et une trahison.

Un jour, ou était-ce une nuit, haha, le torchon brûla méchamment entre S… et O…. . S… avait remis ça avec son ex. Et O… n’était pas du tout okay avec cette situation.  Je vivais avec mon amoureux et elle était venue se réfugier dans notre appart pour panser son cœur meurtri.  J’avais fait chauffer le thé au jasmin, c’est un thé qui me fait rigoler et on avait papoté. Elle se détendait tout doucement, quand mon cher et tendre proposa de lui parler en tête à tête. En fait, c’est moi qui le lui avait suggéré ( comme les femmes savent si bien le faire)  afin qu’elle ait le point de vue d’un homme sur ce qui lui arrivait. Ô bêtise quand tu nous tiens ! Tu nous fous les boules !

Leur entretien terminé, je vis que mon Jules faisait une tête floue . Vous savez cette expression avec un regard qui couvre toute la surface de la pièce sauf votre visage et surtout vos yeux. Et O…semblait par contraste très apaisée.  Elle prit un air grave pour me dire que nous devions parler. Naïvement je crus que nous étions encore sur le cas S… Et en quelques mots elle démolit ma vie.

-Machin ( mon Jules) te trompe  ma belle avec une  de ses collègues.

 

Étrangement, ce qui m’a démoli ce n’était pas la révélation de l’adultère, j’ai pu dealer avec ça plus tard, non, c’était la lueur de satisfaction cruelle que je lu dans le regard de O… qui me bouleversa. Ce regard a déchiré le voile de LalaLand dans lequel je vivais. Je changeais d’optique. J’ai commencé à regarder mes amies au travers de ce filtre. Et chez  certaines, j’ai vu  le même éclat. Un cocktail détonant fait de satisfaction et de pitié mâtinée de cruauté. Mais de quel genre d’amies m’étais-je entourée? J’ai commencé à avoir peur. Je me suis renfermée. Je suis devenue misanthrope. Je conserve de cet évènement, un sentiment d’inadéquation. Comme si je vivais dans ce monde en  parallèle. Un triangle dans un trou rond.

C’est vrai que j’avais toujours vécu avec ce qui pouvait passer pour de l’insouciance, voire de l’arrogance. C’est simplement parce que j’avais confiance en ma vie.  J’avais traversé des épreuves dans mon enfance dont par pudeur je ne parlais pas et qui ne s’affichaient pas sur mon visage. Je vivais avec un homme que j’aimais, et qui m’aimait. J’avais un boulot cool , en plus de mes études j’avais été recrutée par une troupe de théâtre et j’étais grassement payée. Je vivais dans un mignon deux-pièces qui appartenait à ma mère, et je rayonnais. J’ignorais à l’époque que ce rayonnement causerait ma perte. « Pour vivre heureux vivons caché » dit l’adage. Mais pourquoi?

Pourquoi le bonheur des uns fait-il à ce point le malheur des autres? Sommes nous donc si mesquins? Qu’est-ce qui ne va pas chez nous? What the f… is going on with us people?

Après avoir pesté pendant quelques mois, qui devinrent des années, je constate que pas mal d’amies de cet acabit ont traversé ma route. Après O…, Il y eut F… qui était une amie chère, et c’est encore parce qu’elle a fait passer le compagnon avec lequel j’étais avant notre amitié. Puis une autre qui avait été ravie de me faire la cruelle surprise de s’acheter et de  porter pour une soirée la robe dont je rêvais. Ce que j’avais lu dans ces yeux m’avait glacé les sangs. Je la lui avais montrée alors que je n’avais pas les moyens de me l’offrir. Mais là n’est pas la question, la véritable question c’est pourquoi je m’entourais de personnes qui ne souhaitaient pas mon bonheur? Qu’est-ce que ça disait sur moi? Sur la façon dont je me considérais?

Ce qui est amusant c’est que je restais amie avec ces femmes. Par loyauté, bêtement, par naïveté sans aucun doute. Je suis atteinte d’une maladie archaïque et obsolète qui se nomme loyauté. Et cette saloperie a bien failli ruiner ma vie.

Être loyal c’est bien. Être bêtement loyale comme je l’ai été est stupide.

Pourquoi ?

Parce que rien ne vous enferme autant que les serments, les promesses, les principes. Ces choses ne sont pas réellement nécessaire si vous décidez d’être vous. J’ignore encore ce qui m’a fait rester avec ces amies toutes ces années. Un sens je pense biaisé de ma valeur. On ne traite pas ainsi quelqu’un qu’on aime et qu’on respecte. J’ai toujours souhaité le bonheur de mes amis. Leur réussite étaient et sont mes réussites. C’est un rayon de plus que j’ajoute à mon rayonnement. C’est une autre forme d’égoïsme. Mais une forme d’égoïsme cool : Le bonheur de mes amis*ies nourrit mon bonheur.

Pourquoi certains*es étaient-ils tellement heureux*ses de me voir tomber ? La plus part savaient que j’écrivais mais n’avaient jamais lu une seule ligne sortant de ma plume, ah si tout de même, mes sms !!! Est-ce que je me dévalorisais à ce point?

J’ai découvert que ce n’était aucunement leur faute. C’était ma responsabilité. C’est moi qui ai continué pendant des années à entretenir ces amitiés à sens unique. Tant pis pour moi ! Il était temps que je décide ce que je voulais dans ma vie et avec qui je souhaitais le partager. Alors un jour, ou était-ce une nuit (je sais c’est facile !), j’ai décidé de faire le ménage. J’ai gardé mes vrais*es amis*es près de moi. Et les autres sont allés*es se faire…Faire ce qui leur fait plaisir mais très très, mais alors très loin de moi !

J’ai depuis développé des amitiés plus profondes. Fondées sur un respect que j’espère mutuel, et une bienveillance manifeste. Parce que je suis quelqu’un de cool à fréquenter (ben oui !). Je sais que je ne suis pas obligée d’accepter tout et n’importe quoi. Cependant j’avoue avoir gardé de ma période misanthrope une propension à aimer la solitude. Je conserve toujours un peu de méfiance en cas d’attaque de mauvaise estime de soi. Et je suis prompte à m’éclipser dès que je sens tomber sur moi le couperet d’une amitié biaisée.

Il y a plus de dix ans O… a été renversée par un chauffard à Atlanta. Elle a quitté ce monde. Je n’ai jamais eu la chance de parler avec elle de ce qui avait transformé ma vie. Au cours de mes méditations, je le lui dis. Et je lui dis qu’elle me manque, et je l’insulte. Bref ça reste une amie.

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2 réflexions sur “Comme un triangle dans un trou rond.

  1. Personnellement, je pense qu’il est important de rester en accord avec soi-même, garder son authenticité. Car le problème ne vient pas de soi mais des autres. Tout le monde ne sait pas apprécier la valeur d’une véritable amitié. Très beau texte qui donne à réfléchir 😉

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