Très out of Africa (8), humour noir.

Indiscutablement, mon accent et mes expressions, m’avaient trahie !!!Puis, le sobriquet fut juste ce qu’il était, un surnom. Ma sœur et moi étions des blanches et ça ne nous plaçaient ni au-dessus ni en-dessous de quiconque. C’était une façon de souligner que nous étions d’origine mais que notre manioc sentait plutôt le camembert. Par moment je dois avouer que je me sentais blessée et que je vivais de gros moments de solitude. A chaque fois qu’une blague en nsa particulièrement savoureuse déclenchait une vague d’hilarité irrésistible par exemple. Je me joignais aux rires parce que les voir rire me faisais rire, et parce que je voulais rester soudée au groupe. Je demandais en souriant :«qu’est-ce qu’il a dit ?» Pour m’entendre répondre entre deux hoquets: «c’est moins drôle quand on traduit». #DansTaFace Et Cut.

 

Je viens d’une famille où on aime rire. L’humour est ce qui nous soude quand nous nous retrouvons après de longues séparations. C’est aussi ce qui nous permet de traverser le malheur avec fierté et honneur et confiance ( Wow la devise!). Mais pour nous qui débarquions en terre inconnue, c’était une initiation brutale. Nous aimions rire certes, mais rire de nous, laisser les autres rirent de nous, et rire aux blagues qu’ils font sur nous, c’est un sport. Et les blagues n’en finissaient pas de pleuvoir. Il nous fallut donc être à la hauteur. Les jeunes se retrouvaient le soir après le repas, quelqu’un mettait des prunes à griller sur le brasero avec des bâtons de manioc et nous formions un cercle. Les blagues commençaient. C’étaient des moqueries savoureuses  qui régalaient l’auditoire. On ciblait quelqu’un et on le « grillait ». Vannes et contre-vannes. Ping-pong cérébral. Il fallait répliquer avec brio pour emporter l’adhésion de l’audience. Après quelques petits ratages. J’eus le défaut de vouloir imiter mon opposant, je compris que je devais user de mes armes. Ma whititude. Je lançai ma grille-griffe « Blockhead » assortie d’un geste qui figurait une rustine qu’on retire du crâne afin d’ aèrer le cerveau. Eloquence du geste, total triomphe. Je suis vite devenue une championne.

Il fallait être féroce, mais avec bienveillance. Et ça ne s’invente pas. Auprès de mes cousins et cousines, je me suis recentrée. J’ai appris à me connaître mais surtout à me reconnaitre. Peu à peu, j’acceptais le fait que je ne serai jamais totalement comme ceux de ma terre d’origine, et que de fait je ne serai jamais non plus totalement comme ceux de mon pays d’adoption. Mais que ce que j’étais C’était cool! Ma famille m’acceptait telle que j’étais. Il y eu bien-sûr les fâcheux pour pointer du doigt le côté trop occidental de leur cousine. Usant de petites remarques acerbes à propos de ma méconnaissance du nsa, il en faut. Comme dirait Oprah Winfrey « Good for them ! ». Je venais de si loin, ce n’était pas le genre de réflexions qui allaient me stopper. Pas question de jeter des peaux de banane sur mon chemin. Je mettais ça sur le compte de la jalousie (qui doit être blindée avec tout ce qu’on verse dedans. #YourJalousieIsRich) et je passais mon chemin #SalamRageux. Etre noire c’était aussi avoir cette- force que confère l’auto-dérision. Notre armure de chevaliers du monde occidental.

 

 

J’adoptais l’accent du pays. A chaque fois que j’entends quelqu’un avec cet accent dehors, je souris. De fouler une terre rousse qui avait connu la plante de mes petons de bébé, de respirer un air saturé d’humidité porteur d’une pulsation qu’il me semblait reconnaître,  de n’avoir pas à me justifier d’être là, je vivais une seconde naissance. Lorsque nous sommes retournées en France, je ne faisais plus de cauchemars. J’avais intégré ma peau et toute son histoire. J’avais retrouvé ma verticalité sur la terre de mes ancêtres, dont les boucles très serrées ne pouvaient se balancer au vent qu’avec l’aide de produits chimiques très dangereux.

 

Je rentrais une. Noire et fière.


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