Journée de l’équité.

 

 

Aujourd’hui un peu partout dans le monde on débat des droits de la femme. Ma mère est féministe. Pour moi ce mot allait de soi. C’était comme un héritage. Comme le sang, quelque chose transmit par une lignée de femmes qui s’étaient dressées dans ma famille. De la mère de mon père qui a fini par dire non aux coups répétés de son époux, et qui a fui le village pour que puisse venir au monde son dernier né ; à ma mère qui elle aussi a fui une situation intolérable. On lui imposait la présence d’une autre femme et de son enfant alors que ma mère s’était mariée sous un régime monogame. J’ai vu ma mère poser la moquette et le papier peint, monter une machine à laver dans un escalier, sans avoir besoin de faire appel aux bras musclés d’un homme. C’est elle qui décidait. Avait-elle parfois rêvé de se laisser aller, pour être chouchoutée et adorée ? Certainement. Et elle n’en avait pas honte.  C’est ce qu’elle m’a appris aussi. Elle est une femme.  Tchimbé raid pa moli.

 

Et il y eu moi. Mes dés étaient pipés aussi en matière de compagnon de vie. Et j’ai aussi dû prendre la poudre d’escampette avec mes petits sur le dos. Mais la comparaison s’arrête là. Je me retrouvais pétrifié face à la vie. Hébétée. Je ne savais pas remplir une feuille de sécu, j’ignorais qu’il fallait se signaler aux services des impôts pour être un contribuable. Je ne connaissais pas mon numéro de CAF. L’administration était un élément lointain de mon espace cognitif. Et pour cause, le père de mes enfants avait tout pris en main, me laissant l’usage d’une carte crédit qui crépitait joyeusement entre mes doigts. Je m’étais échappée d’une cage dorée et respirer l’air libre me donnait des crises d’asthme.

 

On ne pouvait par conséquent pas dire que j’étais féministe. Et puis, j’ai dû faire face. Épousseter mes genoux boueux et redresser la tête. Avancer dans la tempête et trouver une direction à donner à ma vie et à celle des deux âmes dont j’avais la garde. Mais je n’étais toujours pas féministe.

Pourquoi ? Il me semble qu’être féministe c’est revoir le monde au travers du filtre de l’équité. Quand un homme se précipite pour aider une femme qui peine avec  une valise trop lourde qu’il puisse le faire aussi avec un homme qui lutte dans les mêmes conditions. Qu’il s’agisse de considérer l’autre comme un être humain à part entière et non une créature diminuée sous prétexte qu’elle serait faible physiquement. Vous viendrait-il à l’idée de traiter Stephen Hawking de femmelette ? Et pourquoi femmelette serait une insulte soi dit en passant ?

 

Depuis quelques temps, j’ai commencé à regarder de plus prêt ma façon d’envisager le monde. Je me suis rendue-compte que même en étant vigilante, je me laissais encore avoir par les clichés machistes qui jalonnent notre parcours au quotidien. Une femme peut être montrée nue s’il s’agit de l’offrir en objet de tentation, très souvent sous couvert d’art ; mais elle doit cacher ce sein qui allaite ou couvrir celui qui s’offre béatement aux rayons du soleil. Une actrice sera jetée en pâture sur les écrans dans des scènes de relations plus qu’intimes et elle sera déchirée pour oser porter sur le tapis rouge, une tenue qui ne cache rien de son anatomie.  On fait tout un plat des hommes qui s’affichent nus alors qu’on fait étalage de seins, de  fesses ou de jambes de femmes pour vendre tout et n’importe quoi. Une femme devient un des éléments du blob indistinct nommé La Femme. On peut dire « J’aime la Femme, ce petit animal doux et fragile aux couinements si attendrissants. » Comme on dit « J’aime le gâteau au chocolat aux saveurs crémeuses de mon enfance».

 

Nous pouvons tout à fait construire un monde de complémentarité. J’ai des bras en guimauve et pour moi porter un pack de six briques de lait, c’est faire du sport extrême. Mais lorsque j’étais en couple, c’est mon cerveau qui servait de boussole et il nous a permis d’avancer très loin. Je ne suis pas une vestale du logis et faire le ménage me saoule, mais je suis habile avec un circuit électrique et je suis très obstinée en ce qui concerne la plomberie. J’aime la mécanique auto idée de pouvoir farfouiller dans ma voiture, et je fais un excellent poulet fumé (que je fais fumer avec des herbes aromatiques miam !).

 

A mon avis il ne s’agit pas de rechercher l’égalité. Ce concept me parait fumeux. Nous sommes tous  uniques. Nous ne pouvons pas niveler le monde sous prétexte d’égalité. L’équité serait plus indiquée. Tenir compte de la diversité de tous et permettre à chacun de trouver sa place dans ce monde. Être respecté*e  pour ce que nous sommes et ce que nous avons à offrir. C’est cette journée que j’aimerais célébrer comme une évocation du jour où tout a commencé.

 


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